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HISTOIRE

• Un peu d’histoire :

• Le château a été construit entre 1590 et 1650 par la famille de Gamaches, famille noble de Picardie venue en Berry durant la Guerre de Cent Ans. Elle s’est fixée ici par le mariage de Jehan de Gamaches, capitaine des Francs Archers du Berry, puis chambellan du Roi Charles VII. Il épouse Marguerite de Blet, fille du comte de Blet, dont c’était le domaine.

• Le corps principal du château, ce qu’on appelle encore à cette époque, le grand logis, est construit en premier. Nous possédons une gravure, faite en 1600 par Chatillon, dans le cadre de l’inventaire des villes et des maisons nobles réalisé à l’occasion d’une visite du Roi Henri IV en Berry. Il montre la maison à moitié édifiée, flanquée au sud est du grand pavillon qui existe toujours.

• Les Gamaches ont été propriétaires de Jussy jusqu’en 1702. Ils l’ont alors vendu à leurs lointains parents, les Gaucourt qui revendront à leur tour la seigneurie, en 1759, à Pierre Philippe Labbe de Chamgrand, mon ancêtre. Contrôleur Général des Finances au Baillage de Bourges, il épouse Marie-Madeleine Agard de Morogues, fille du marquis de Maupas. Leur fils, Étienne, épousera, quant à lui, Adrienne de Montsaulnin, fille d’une riche famille de propriétaire terrien, propriétaire entre autre en Berry des châteaux de Fontenay à Tendron et  de Bernay au Chautay.

• En résumé, on peut dire que les Gamaches ont construit le château entre la fin du XVIème et le début du XVIIème siècle. Les Champgrand l’ont ensuite restauré et modernisé, surtout intérieurement, au XVIIIème siècle. C’est l’époque où sont mis en place les lambris et trumeaux du grand salon et de la salle à manger, le grand autel de la chapelle et, dans toute la maison, les fenêtres à petits carreaux qui viennent remplacer le meneaux de pierre clos de fenêtres à trois vantaux de verre filé serti de plomb.

C’est aussi Philippe de Chamgrand qui fait démolir le mur de fortification fermant la cour et creusé le canal rectiligne alimentant les douves. Les Bengy,  pendant une génération, puis les Ponton d’Amécourt, à partir du second empire, avec le mariage de Paul, mon quadrisaïeul, avec Mathilde de Bengy, se sont attelés à de grands travaux pour faire revivre ce château de façon actuelle et recréer un parc et un jardin.

• Philippe de Bengy, demanda à Monsieur de Choulot (1794-1864), de redessiner le parc de Jussy. Nous avons toujours ce très beau plan, précieusement restauré et conservé, tel qu’il fut dessiné et peint à l’époque par son épouse et fidèle collaboratrice.

• Paul de Lavenne, comte de Choulot, est une personnalité hors du commun. Grand chasseur, polyglotte, agent secret de Marie Caroline, Duchesse de Berry, il parcourut toutes les routes d’Europe, de St Petersbourg à Palerme, en passant par Venise. 

• Le comte de Choulot, dont le fils était un camarade d’étude du comte de Chambord à l’université de Prague, avait été chargé par la duchesse de Berry de la mission délicate de marier son fils, dont tout menait à penser qu’il serait le futur roi de France sous le nom d’Henri V, avec la princesse Olga, fille du Tsar de Russie.

• Ardent défenseur de la cause légitimiste, Choulot se retire à  40 ans passés, sur sa terre de Pouges-les- Eaux, dans la Nièvre, et entame une nouvelle carrière d’architecte de jardins.

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• Il écrira deux ouvrages et créera plus de 280 jardins dans la France entière et à l’étranger. Il aidera à la création de la ville nouvelle du Vésinet, qui le rendra célèbre, mais sans faire fortune, ce qui ne l’intéressait guère de toute façon. Nous sommes en pleine période romantique, et si son nom va bientôt disparaitre, il sera redécouvert avec le regain d’intérêt pour cette période. Passionné pour l’art des jardins, il deviendra le chef de file d’une nouvelle école, établissant une théorie des jardins modernes, qu’il qualifiait d’agricoles et paysagers, en s’appuyant sur l’évolution des idées et des mœurs à son époque.

• Choulot part d’une constatation : les aristocrates, de retour d’émigration après la Révolution, ont  développé un regain d’intérêt pour  leurs propriétés de campagne. Exclus du pouvoir,  privés de leurs principales ressources avec la disparition des droits féodaux, ils quittent Paris, où ils n’ont plus accès aux grands emplois publics, et se retirent sur leurs terres en province. Ils veulent pouvoir jouir esthétiquement de leurs propriétés,  mais aussi qu’elles leur apportent un revenu qui leur manque cruellement. Ils s’intéresseront à l’agriculture et aux nouveautés souvent venues de l’étranger, d’Angleterre notamment.

• Grand voyageur, M. de Choulot ne pouvait pas être insensible à cette évolution.  Comme tout les novateurs, il avait, ce faisant, capturé l’esprit de son temps.

• Les photographies présenté sur ce site font notamment appel au remarquable travail du Photographe anglais Nic Barlow . Elle ont  été réalisées en deux campagnes à l’automne 2013 et au printemps 2014, soit près d’un siècle et demi après la plantation initiale du parc par Philippe de Bengy sur le dessin de Choulot.

• Les photos saisissent une réalité fugitive, celle d’une nature, certes domestiquée, mais en perpétuel changement comme son environnement. L’empreinte du vieux parc XVIIème est toujours perceptible, avec l’alignement des vieux tilleuls à l’ouest du château, l’allée d’eau à l’est et ses cinq platanes monumentaux, les restes du labyrinthe de buis et, sur la grande pelouse au sud, le pavillon d’angle et les restes du mur de l’antique jardin clos. Les arbres du cru, érables, frênes, tilleuls, merisiers, ifs, se sont multipliés,  envahissant l’espace ; les champs autrefois consacrés à la culture sont devenus des pelouses ; des arbustes  ornementaux, des alignements d’ifs taillés et de rosiers arbustifs sont venus enrichir les abords du château. L’apparition d’un micocoulier, dont la graine fut sans doute  miraculeusement portée par la fiente d’oiseaux venus du Sud, les plantations de cyprès et de chênes verts, celles de platanes et de rosiers, transplantés avec succès d’Afghanistan, témoignent du changement climatique.

 

• Mon père et moi même avons, comme il se doit, porté notre marque sur  ces lieux d’agrément. Je me suis pour ma part attaché – ce travail est toujours en cours- à restituer le parc agricole et paysager voulu par mes ancêtres. Le plan d’origine avec ses bosquets de feuillus, de pins et de cèdres, et ses allées serpentant paresseusement dans les champs est toujours bien là.